Chanvre en France : les régions productrices et leurs terroirs

Le chanvre industriel occupait 23 600 hectares en France en 2024, une surface répartie de façon très inégale sur le territoire. Plus de 46 % se concentrent dans une seule région, le Grand Est, et l’essentiel du reste se partage entre quelques bassins secondaires organisés chacun autour d’une usine de défibrage. Cette répartition suit le tracé des chanvrières, ces usines qui transforment la paille récoltée en fibre, chènevotte et graine, et qui limitent de fait le rayon où la culture reste rentable pour un agriculteur. Après le long déclin retracé dans l’histoire du chanvre en France, les surfaces ont triplé en dix ans et la filière vise un nouveau doublement d’ici 2027.

  • Grand Est, Aube et Marne en tête : 11 752 hectares en 2024, soit 46 % des surfaces nationales déclarées à la PAC.
  • Bourgogne-Franche-Comté, dans le prolongement du bassin champenois : 2 550 hectares en 2025.
  • Vendée et Deux-Sèvres, autour de la coopérative Cavac : environ 2 000 hectares en 2024.
  • Hauts-de-France, dans le bas de l’Aisne : une centaine d’hectares en test, sous contrat avec une chanvrière de l’Aube.

Le bassin de l’Aube et de la Marne, premier pôle national

Le Grand Est rassemble 11 752 hectares de chanvre en 2024, soit 46 % des surfaces déclarées à la PAC au niveau national. Deux départements concentrent l’essentiel de cette production : l’Aube, avec 355 exploitations et 7 172 hectares, et la Marne, avec 232 exploitations et 3 601 hectares. À eux deux, ils représentent environ 90 % du chanvre cultivé dans la région.

Ce bassin s’organise autour de La Chanvrière, coopérative créée en 1973 à Saint-Lyé, près de Troyes. Elle regroupe 700 producteurs adhérents et cultivait environ 11 500 hectares en 2023, avec un objectif de 13 000 hectares l’année suivante et de 20 000 hectares à plus long terme. Le recrutement de nouveaux adhérents s’effectue dans un rayon de 120 kilomètres autour du site, couvrant l’Aube, la Marne, l’Yonne et la Seine-et-Marne. En 2024, le seul département de l’Aube a produit 48 700 tonnes de chanvre industriel. Cette zone fait l’objet d’un article dédié, consacré au chanvre de l’Aube.

Face à la croissance de la demande, notamment dans le textile et les matériaux de construction, La Chanvrière construit un second site à Juniville, dans les Ardennes. Le permis de construire doit être déposé fin 2025 pour une mise en service prévue fin 2027, avec une capacité annuelle de 50 000 tonnes qui s’ajoutera aux 100 000 tonnes déjà traitées à Saint-Lyé.

Pourquoi la culture s’est fixée dans ce triangle

Plusieurs facteurs expliquent cette concentration. Les sols crayeux et limoneux de la Champagne conviennent à une plante gourmande en eau durant les premières semaines mais peu exigeante en intrants ensuite. Le climat, avec des étés assez humides en début de cycle, limite le recours à l’irrigation. Mais le facteur le plus déterminant reste la proximité d’une chanvrière : la paille, une fois coupée, doit être ramassée et acheminée rapidement vers l’usine de défibrage, et son transport pèse lourd dans le coût de production. Une parcelle à 100 kilomètres du site de transformation reste envisageable, mais au-delà, la marge se réduit vite.

Le nombre d’exploitations cultivant du chanvre dans le Grand Est est passé de 311 en 2016 à 660 en 2024, avec une progression de 68 % des surfaces sur la seule année 2024 par rapport à 2019, après un passage à vide. En moyenne, ces exploitations consacrent 10 % de leur assolement au chanvre, ce qui limite les risques liés à une culture encore secondaire dans la rotation. Le chanvre biologique suit la même dynamique, passé de moins de 100 hectares en 2015 à environ 1 500 hectares en 2024 dans la région. Trois usines se partagent la transformation régionale : La Chanvrière, Planète Chanvre et Eurochanvre.

La Bourgogne-Franche-Comté, un prolongement du bassin champenois

Immédiatement au sud de la Champagne, la Bourgogne-Franche-Comté cultivait 2 550 hectares de chanvre en 2025, répartis sur 176 exploitations, pour une production estimée à 128 187 tonnes. Trois départements portent l’essentiel de cette surface : l’Yonne, avec 1 032 hectares et 60 producteurs, la Côte-d’Or, avec 600 hectares et 40 producteurs, et la Haute-Saône, avec 552 hectares et 45 producteurs. Ces surfaces ont plus que triplé depuis 2010, année où la région ne comptait que 708 hectares.

Là encore, la géographie de la production suit celle des usines. Les producteurs de l’Yonne et de la Côte-d’Or livrent vers Saint-Lyé, tandis que ceux de Haute-Saône alimentent Eurochanvre-Interval, à Gray. La structure des exploitations évolue vers davantage de spécialisation : en 2018, seules 18 exploitations cultivaient plus de 20 hectares de chanvre ; elles sont aujourd’hui 35, aux côtés de 75 exploitations qui restent sous les 10 hectares.

Les Hauts-de-France, une culture encore marginale

Plus au nord, dans le bas de l’Aisne, une poignée d’exploitations a testé le chanvre sous l’impulsion d’une Cuma locale. Quatre producteurs cultivaient une centaine d’hectares en 2017, une surface qui avait doublé en un an, sous contrat avec la Chanvrière de l’Aube. Cette zone, plus éloignée de Saint-Lyé que l’essentiel du bassin traditionnel, est restée une exception limitée : le transport constitue la première charge de cette culture, et la coopérative n’a pas cherché à multiplier ce type d’implantation excentrée. Le rendement observé était alors de 1,3 tonne de graines et 8 tonnes de paille par hectare, pour une rémunération d’environ 1 700 euros par hectare.

La Vendée et les Deux-Sèvres, un second pôle indépendant

À l’ouest, un pôle distinct s’est développé sans lien avec les chanvrières du Grand Est. La coopérative vendéenne Cavac a réintroduit le chanvre auprès de ses adhérents à partir de 2009, via sa filiale Cavac Biomatériaux. En 2024, environ 350 agriculteurs cultivaient 2 000 hectares de chanvre dans un rayon de 150 kilomètres autour de l’usine, répartis entre la Vendée et les Deux-Sèvres. Un second site de transformation a été inauguré à Sainte-Hermine, en Vendée, en septembre 2024, et la coopérative vise 4 000 hectares d’ici 2030. Les rendements y atteignent environ 8 tonnes de paille et plus d’une tonne de graines par hectare, une quinzaine de pour cent des surfaces recevant une préparation plus poussée destinée aux débouchés textiles.

Vers 45 000 hectares d’ici la fin de la décennie

Au niveau national, la France comptait 1 550 producteurs de chanvre et 7 usines de défibrage en 2024, avec deux projets supplémentaires à l’étude, notamment en Isère et dans les Pyrénées. Le pays représente 38 % des surfaces de chanvre cultivées dans l’Union européenne, loin devant l’Allemagne et l’Estonie, qui comptent chacune environ 7 000 hectares. InterChanvre, l’interprofession qui réunit producteurs et transformateurs, vise un doublement des surfaces d’ici 2027-2028, pour atteindre près de 45 000 hectares, porté par la demande du textile et des matériaux de construction. Cette croissance passera moins par l’apparition de nouveaux bassins que par la densification de ceux qui existent déjà, autour de chaque nouvelle chanvrière. Pour une vue d’ensemble de cette organisation, entre producteurs, coopératives et transformateurs, voir la filière chanvre française.