Brique de chanvre préfabriquée : blocs moulés non porteurs

La brique de chanvre appartient à la grande famille du béton de chanvre, mais elle en change la méthode de fabrication. Au lieu d’être coulé directement sur le chantier entre deux parois d’ossature bois, le mélange de chènevotte et de chaux est moulé ou banché à l’avance, séché en atelier ou en extérieur, puis livré sous forme de blocs prêts à assembler comme une maçonnerie classique. Le résultat reste, dans tous les cas, un matériau de remplissage : jamais une structure porteuse.

Deux méthodes pour obtenir un bloc prêt à poser

Le bloc de chanvre commercialisé par le fabricant belge IsoHemp illustre la voie industrielle : le mélange de copeaux de chanvre et de chaux est moulé, pressé, puis durci et séché à l’air libre sans aucun apport de chaleur. Une autre filière, plus artisanale et représentée par les briques Chanvribloc, procède par coulage et vibration dans un moule sans fond, suivi d’un séchage extérieur de deux à trois semaines. Cette durée, liée à la présence de chaux dans le liant, reste un facteur limitant qui maintient une partie de cette production hors des cadences industrielles.

Ces deux voies descendent d’une technique plus ancienne : le banchage manuel, apparu en France à la fin des années 1980 ou au début des années 1990, qui consistait à tasser le mélange à la main entre deux banches fixées le long de l’ossature bois, avant un démoulage rapide. La projection mécanique, apparue au début des années 2000, a ensuite ouvert une troisième voie de mise en œuvre, cette fois sans coffrage ni bloc séparé. Pour comparer ces techniques de mise en œuvre du béton de chanvre sur chantier, voir poser du béton de chanvre.

La composition : chènevotte et chaux en proportions précises

La fiche technique du bloc IsoHemp indique une composition de 80 % de chanvre (granulométrie de 2 à 20 mm), 11 % de chaux hydraulique et 9 % de chaux aérienne. Les règles professionnelles de l’association Construire en Chanvre rappellent que la masse volumique apparente des bétons de chanvre varie, selon les couples liants-granulats validés, entre 250 et 500 kg/m3. Les blocs IsoHemp se situent dans le bas de cette fourchette, entre 320 et 355 kg/m3 selon l’épaisseur. Le choix du liant, entre chaux et éventuels liants pouzzolaniques, conditionne directement la durée de séchage et la tenue mécanique du bloc fini. Pour le détail des liants utilisés en construction chanvre, voir chaux et chanvre.

Des formats modulaires calibrés pour la pose

Les blocs IsoHemp se déclinent en huit épaisseurs, de 7,5 à 36 cm, pour une longueur constante de 60 cm et une hauteur de 30 cm (20 cm pour les blocs de 30 et 36 cm d’épaisseur). Les briques Chanvribloc, elles, mesurent 60 par 30 cm pour des épaisseurs de 10, 15, 20 ou 30 cm. Cette standardisation permet une pose proche de la maçonnerie traditionnelle :

  • Les blocs sont posés un par un, rang par rang, à la main
  • Un mortier-colle en joint mince (environ 3 mm) assure la liaison entre blocs
  • La première rangée doit être parfaitement horizontale, condition de la régularité du mur
  • En extérieur, la première rangée reste surélevée d’au moins 20 cm par rapport au sol fini

La fiche IsoHemp indique par ailleurs une conductivité thermique de 0,08 W/mK pour les blocs les plus minces et de 0,071 W/mK pour les plus épais, avec un déphasage thermique qui passe de 4,9 heures pour un bloc de 7,5 cm à 23,6 heures pour un bloc de 36 cm. Sur ce que représente concrètement ce déphasage pour le confort d’été, voir déphasage thermique du chanvre.

Un remplissage non porteur, encadré par une ossature

Les règles professionnelles de la construction chanvre définissent le béton de chanvre comme un matériau non porteur, quel que soit son mode de mise en œuvre. La fiche IsoHemp précise dans les mêmes termes que son bloc est un élément de maçonnerie autoportant mais sans rôle structurel, qui ne participe en aucun cas à la portance d’un plancher ou d’une toiture. Le bloc de chanvre vient donc toujours en remplissage d’une ossature qui assure, seule, la fonction porteuse.

Trois systèmes normalisés encadrent cette association. La charpente traditionnelle en bois (NF DTU 31.1) limite les ouvrages à R+3 plus combles. Les murs à ossature bois, ou MOB (NF DTU 31.2), se limitent à R+1 plus combles. Les façades à ossature bois, ou FOB (NF DTU 31.4), autorisent un plancher bas de dernier niveau situé jusqu’à 28 mètres au-dessus du sol, la hauteur totale de la construction restant dans tous les cas inférieure à 33 mètres.

Quand la préfabrication devient une obligation

Pour les façades à ossature bois, les modules remplis de béton de chanvre peuvent être préfabriqués en atelier ou réalisés par projection directement sur le chantier. Mais en zone climatique dite sensible, les règles professionnelles imposent la préfabrication dès que la façade dépasse 8 mètres de hauteur : au-delà de ce seuil, le module doit être monté et séché hors chantier avant la pose. Les bétons de chanvre mis en œuvre en atelier sous forme de caissons préfabriqués à ossature bois restent soumis aux mêmes exigences que ceux mis en œuvre à l’état frais sur chantier, sans allègement de contrôle.

Entre modules préfabriqués, des joints horizontaux et verticaux absorbent les mouvements de l’ossature primaire et les variations dimensionnelles des éléments. Ces joints combinent une barrière d’étanchéité à l’eau côté extérieur et une barrière d’étanchéité à l’air côté intérieur, séparées par un vide de décompression. Pour tout bâtiment dépassant R+2, une fiche de retour d’expérience doit en outre être renseignée et transmise à l’association Construire en Chanvre.

Bloc prêt à poser ou coulage sur mesure : un choix de chantier

Le bloc préfabriqué apporte un séchage contrôlé en atelier, une densité constante d’une livraison à l’autre et une pose rapide, proche d’une maçonnerie ordinaire. Le coulage sur place, banché ou projeté, garde l’avantage de s’adapter à des épaisseurs continues et à des géométries moins standardisées. Le choix dépend donc autant du calendrier de chantier que de la forme du bâtiment.

La conservation reste toutefois un point de vigilance commun aux deux approches. Selon la fiche IsoHemp, une palette de blocs stockée à l’extérieur sous emballage alvéolaire se conserve six mois, contre trois mois seulement une fois la palette ouverte sur un chantier en cours. Une fois le mur monté et la toiture posée, cette durée grimpe à un an, hiver compris. Le bloc de chanvre, même préfabriqué et séché, demeure un matériau vivant qu’il faut protéger de l’humidité jusqu’à sa mise hors d’eau définitive.