Les variétés de chanvre : monoïques, dioïques, à fibre ou à graine

Le chanvre industriel se décline en dizaines de variétés inscrites au catalogue officiel, chacune sélectionnée pour un usage précis : fibre textile, graine oléagineuse ou double production. Leur mode de floraison, monoïque ou dioïque, et leur teneur en THC, plafonnée à 0,30 %, conditionnent leur autorisation et leur emploi en France.

Monoïque vs dioïque : ce que ça change en culture

Le chanvre (Cannabis sativa L.) est naturellement une plante dioïque : les fleurs mâles et les fleurs femelles se développent sur des pieds séparés. La monoécie, c’est-à-dire la présence des deux types de fleurs sur un même pied, résulte d’un travail de sélection variétale mené en France à partir des années 1950 par la FNPC en lien avec l’INRA.

Cette caractéristique a des conséquences agronomiques directes. Dans une culture dioïque, les pieds mâles fleurissent et meurent avant les pieds femelles, ce qui crée une parcelle hétérogène à la récolte : une partie de la biomasse est déjà sèche quand l’autre reste verte, ce qui complique fortement la mécanisation. Les variétés monoïques, à l’inverse, offrent une maturité homogène sur l’ensemble de la parcelle, chaque pied portant à la fois des fleurs mâles et femelles et donc capable de produire de la graine, un avantage également pour le rendement en semences. C’est pourquoi la quasi-totalité des variétés françaises inscrites au catalogue et cultivées aujourd’hui pour la fibre ou la graine sont monoïques, la dioécie restant surtout associée à des populations anciennes ou à certains usages de sélection.

La monoécie n’est d’ailleurs pas un état unique : les sélectionneurs classent les plants sur une échelle allant d’un type très masculinisé, à dominante de fleurs mâles, à un type très féminisé, à dominante de fleurs femelles. D’un point de vue agronomique, les types féminisés sont recherchés car ils se prêtent mieux à une récolte mécanisée homogène, tandis que les types trop masculinisés sont progressivement éliminés au fil des cycles de sélection menés notamment par l’INRA et la Fédération nationale des producteurs de chanvre (FNPC).

Variétés à fibre, à graine, ou à double fin : un choix dicté par le débouché

Le catalogue officiel classe le chanvre parmi les « espèces à fibres et graines » : la culture du chanvre, comme celle du lin, est segmentée selon l’utilisation recherchée pour la récolte. En pratique, la sélection française ne distingue pas les variétés fibre, graine et double fin par des critères génétiques radicalement différents, mais avant tout par leur précocité. Les variétés précoces permettent une récolte de graines dès septembre, quand les variétés plus tardives, qui prolongent leur croissance végétative, sont réservées à la production de paille et de fibre.

Concrètement, la date de « pleine floraison », le stade où 85 % des pieds femelles ont ouvert leurs dernières fleurs, est fixe pour chaque variété à une latitude donnée. Une variété tardive comme Futura 75, récoltée non battue fin août, ne fournit que de la paille destinée à la fibre. Une variété précoce comme Fédora 17 autorise au contraire une récolte battue à maturité des graines en septembre, ce qui permet de valoriser à la fois la paille et la graine sur la même parcelle, en double fin. Il n’existe donc pas, en toute rigueur génétique, de « types » distincts de chanvre industriel fibre, graine ou double fin : la différenciation tient uniquement à la précocité de la variété choisie.

Parmi les variétés françaises historiques, Fédora 19 et Félina 34, issues de la première génération de sélection dans les années 1950, affichaient une teneur moyenne en THC d’environ 0,1 %. La génération inscrite en 1998, Fédora 17, Félina 32, Epsilon 68 et Futura 75, est descendue à environ 0,05 % de THC. Santhica 27, inscrite en 2002, atteint un taux de THC quasi nul tout en offrant une teneur en fibre supérieure d’environ 15 %. USO 31 sert quant à elle de variété de référence pour les sélections à précocité extrême. Le travail variétal actuel vise surtout à améliorer le rendement en paille à précocité constante, l’ordre de grandeur retenu étant d’une tonne de paille produite tous les 120 degrés-jours cumulés, dans de bonnes conditions d’eau et d’azote.

Le catalogue officiel et le seuil de 0,30 % THC

En France, seule la culture de variétés de Cannabis sativa L. inscrites au catalogue commun des variétés des espèces de plantes agricoles (au niveau européen) ou au catalogue officiel des espèces et variétés cultivées en France est autorisée, et uniquement si leur teneur en delta-9-THC ne dépasse pas 0,30 %. Ce cadre est fixé par l’arrêté du 30 décembre 2021 pris en application de l’article R. 5132-86 du code de la santé publique, qui précise également la méthode de détermination du THC par chromatographie et les modalités d’échantillonnage, détaillées en annexe du texte.

Le même arrêté impose que les fleurs et feuilles de chanvre proviennent de plantes issues de semences certifiées, la vente de plants et la multiplication par bouturage sont interdites, et réserve la culture du chanvre destiné à la production de fleurs et feuilles aux agriculteurs actifs au sens de la réglementation européenne et nationale. Le Catalogue officiel français, géré par le GEVES sur proposition du Comité technique permanent de la sélection des plantes (CTPS) et publié au Journal officiel, recense plus de 9 000 variétés toutes espèces confondues, dont une centaine de variétés de lin et de chanvre répondant aux différents débouchés de la filière.

Comment une variété de chanvre est choisie sur l’exploitation

Le choix d’une variété se fait d’abord en fonction du débouché visé par l’agriculteur : fibre pour le textile, le paillage ou l’isolation, graine pour l’alimentation humaine et animale ou l’huile, ou association des deux en double fin. La précocité de la variété doit ensuite être adaptée à la région de culture et à la date de semis, puisqu’elle détermine directement si la récolte de graines est possible avant les premières gelées.

La disponibilité en semences certifiées conditionne enfin l’accès à une variété : en France, la sélection variétale et la production de semences de chanvre s’appuient sur une filière structurée, organisée autour de l’interprofession InterChanvre, qui fédère les acteurs de la sélection, de la production de semences et de la première transformation. Cette structuration garantit la traçabilité des semences, de la sélection variétale jusqu’à l’exploitation agricole.

Cet article a une vocation informative et ne constitue pas un conseil agronomique ou juridique. Seules les variétés de chanvre inscrites au catalogue officiel ou au catalogue commun européen, dont la teneur en THC ne dépasse pas 0,30 % et issues de semences certifiées, peuvent être cultivées légalement en France.

Pour aller plus loin : découvrez comment cultiver du chanvre en pratique, l’importance des semences de chanvre certifiées, ou la distinction entre chanvre industriel et cannabis.