Le chènevis désigne la graine du chanvre (Cannabis sativa), récoltée à maturité aux côtés de la paille. Longtemps réservé à la semence, à l’oisellerie et à la pêche, il alimente aussi le pressage à froid, qui en tire huile et tourteau. Cet article détaille ses débouchés et sa place dans la filière chanvre française.
Qu’est-ce que le chènevis ?
Le chanvre cultivé pour la graine est récolté « battu », en général courant septembre, à maturité du chènevis, contre une récolte « non battue » dès mi-août lorsque seule la paille est visée, avant la fin de la floraison. Ce choix de mode de récolte dépend directement du débouché recherché par le producteur : privilégier le grain ou privilégier la fibre. Le rendement en grains se situe autour d’1 tonne par hectare, très inférieur au rendement en paille (6 à 8 t/ha), selon la fiche filière de FranceAgriMer. Le chènevis est l’un des quatre produits issus de la première transformation de la plante, aux côtés de la chènevotte (partie centrale boisée), des fibres (parois végétales) et des poussières issues du process. Ce n’est donc qu’une fraction de la plante, sa composition nutritionnelle détaillée (protéines, acides gras, minéraux) est traitée dans notre article dédié aux graines de chanvre, composition et usages, cet article-ci se concentrant sur le chènevis comme produit de filière : semence, oisellerie, pêche et pressage.
Les débouchés du chènevis : semence, oisellerie, pêche
Avant d’être un produit fini, le chènevis est d’abord la semence qui reproduit la culture d’une année sur l’autre. En France, seules les variétés dosant moins de 0,3 % de THC sont autorisées à la culture ; les semences employées par les producteurs doivent donc être obligatoirement certifiées, 13 variétés étant certifiées dans le pays, rappelle FranceAgriMer. Cette exigence encadre l’ensemble de la filière en amont, avant même la question des débouchés commerciaux de la graine.
Oisellerie
Le chènevis compte parmi les graines classiques des mélanges pour oiseaux de basse-cour et d’agrément, et il est particulièrement recherché dans l’alimentation des pigeons voyageurs, dont les besoins énergétiques sont élevés, selon la revue Jardins de France. C’est historiquement l’un des débouchés les plus anciens du chènevis en alimentation animale.
Appât de pêche
Le chènevis est également une graine de référence pour les pêcheurs, en particulier en pêche au coup : cuit puis utilisé en grains ou moulu en amorçage, il attire notamment la carpe et le gardon. Wikipédia le décrit comme une graine typiquement cuite après trempage avant son usage comme appât ou comme composant d’amorce. Ce débouché, comme l’oisellerie, relève de l’alimentation animale au sens large retenue par les statistiques de la filière.
Le pressage : huile de chènevis et tourteau
Le second grand débouché du chènevis passe par la trituration, c’est-à-dire le pressage mécanique à froid de la graine. Cette opération sépare la graine en deux fractions : l’huile, utilisée notamment en assaisonnement (elle entre dans des mélanges pour salades) ainsi qu’en cosmétique, et le tourteau, résidu solide riche en protéines qui reste après extraction de la matière grasse. Le tourteau est ensuite valorisé en alimentation animale, en particulier pour le bétail, où sa teneur en protéines en fait une matière première alternative aux tourteaux oléagineux classiques. Cette double sortie, huile d’un côté, tourteau de l’autre, explique pourquoi la même graine alimente à la fois des circuits d’alimentation humaine et des circuits d’alimentation animale, selon des proportions que la filière suit chaque année.
La place de la graine dans la filière chanvre : quelques chiffres
Rapportée à l’ensemble de la plante transformée, la graine ne représente qu’une fraction modeste des volumes : d’après l’édition 2026 de la fiche filière de FranceAgriMer, le chènevis pèse pour 10 % du poids total transformé, mais capte 21 % de la valeur économique de la filière, loin devant les poussières (18 % du poids, 2 % de la valeur), et derrière la chènevotte (45 % du poids, 27 % de la valeur) et la fibre (28 % du poids, 50 % de la valeur). La graine reste donc, à volume égal, l’un des produits les mieux valorisés de la plante.
Sur la répartition des débouchés de la graine elle-même, FranceAgriMer indique que 42 % du chènevis part vers l’alimentation humaine (protéines et huile comprises) et 58 % vers l’alimentation animale, c’est-à-dire l’oisellerie et les appâts pour poissons réunis. Cette proportion a évolué au fil des éditions de la fiche filière : elle était de 33 % / 62 % dans l’édition 2024, un rappel que ces chiffres se réactualisent chaque année et qu’il convient de vérifier l’édition citée avant de les reprendre.
Côté production, la culture du chanvre occupait 22 600 hectares en France en 2024, cultivés par environ 1 550 producteurs, pour 140 000 tonnes de paille défibrée et 11 000 tonnes de graines produites la même année, avec 7 chanvrières actives dans la moitié nord du pays, toujours selon FranceAgriMer. La France reste, selon cette même fiche filière, le premier producteur européen de chanvre et le deuxième producteur mondial de chanvre industriel derrière la Chine, ce qui situe le chènevis français dans un marché structuré à l’échelle du continent plutôt que dans une niche locale.
Pour aller plus loin dans la filière
Le chènevis n’est qu’un des produits de la plante de chanvre. Pour une vue d’ensemble des usages du chanvre (construction, textile, papeterie, alimentation, etc.), notre article sur les débouchés du chanvre replace le chènevis dans le contexte plus large de la plante entière. Les étapes qui mènent de la graine récoltée aux produits transformés (décorticage, pressage, tamisage) sont détaillées dans notre article sur la transformation du chènevis.
Cet article a une vocation informative sur la filière agricole et industrielle du chanvre et de sa graine ; il décrit des débouchés économiques et non des propriétés ou bienfaits nutritionnels. Pour la composition du chènevis et ses usages alimentaires, se reporter à l’article dédié et, pour toute question nutritionnelle, à un professionnel de santé ou de la nutrition.